Certains nient jusqu'à la moindre différence biologique entre les hommes et les femmes, d’autres diront que ces catégories n’existent même pas et qu’il est insoutenable (moralement et scientifiquement) de prétendre le contraire.
Laissons ces débats de cotes pour se pencher sur ce qu’on observe comme différences en moyenne entre ces groupes. Disons que même si leur « réalité biologique ou psychologique » est discutable, que vous considérez qu’elle est établie ou pas, reconnaissez au moins que ces groupes sont pertinents.
Je vais essayer de présenter les différences qui font consensus en science (ou j’indiquerai quand ce n’est pas le cas). En approchant ces différences d’abord dans leur fondement biologique, pour remonter jusqu'à leurs implications sociologiques. Pas de révélations majeures pour comprendre l’amour cette fois, j’écris ceci principalement pour être complet sur le sujet. S’il devait y en avoir une, ce serait simplement : nous sommes des animaux. Mais, je pense que ceci n’est pas une idée nouvelle pour la plupart des lecteurs.
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Une precaution morale
Pour lire la suiteVous pouvez ignorer cette mise au point et passer directement au titre suivant. Ce qui suit est un avertissement / une précaution, car le sujet des différences homme femme est une source éternelle de confusion morale. Si ce pseudo-débat sur la légitimité de parler des différences n’est pas une source de stress pour vous, alors cette section est inutile et probablement inintéressante pour vous. Petit saut par ici pour la suite bien plus intéressante…
Si vous trouvez, au contraire, que le sujet est « dangereux » ou au moins débattu pour de bonnes raisons. Si vous pensez qu’il est sexiste de parler de différences entre hommes et femmes. Alors, j’espère que cette section va vous rassurer ou au moins éclairer les raisons qui me font penser que ce n’est pas sexiste.
La première est que ce n’est pas parce qu’on observe et qu’on parle des différences qu’on considère que ces aspects sont les plus importants. Une différence biologique existe sans rien dire sur la normale. Parfois, on considère que ce qui est moralement bon est contraire à ce qu’on observe dans la nature et parfois, c’est l’inverse. Le débat “végétarien contre carnivore” est bourré de cette confusion. Les deux partis vont se tordre en cinq pour justifier que l’humain est naturellement carnivore ou naturellement végétarien (ou frugivore ou autre). Alors que peu importe, dans tous les cas, ça ne rendra pas l’acte de tuer ou de manger un animal plus ou moins moral. La morale n’est pas dictée par la nature, mais par l’évolution de nos cerveaux de singes, par la culture, par le raisonnement, et par la philosophie. La seconde raison est que l’intérêt de parler des différences provient justement de l’énorme expérience commune. Comme ces deux groupes (hommes et femmes) sont très similaires, les quelques points divergents en deviennent d’autant plus intéressants.
La troisième raison est qu’on parle de groupes et pas d’individus. L’existence de différences moyennes au sein d’une population ne retire pas la grande part d’individualité à chacun. Paradoxalement, quand je parle des « humains », de “tout le monde”, alors, je peux faire des généralisations sans heurter de sensibilités. Par contre, si je parle d’un sous-groupe, alors il en va autrement. Notre “culture occidentale nous a appris que les mots et les catégories qu’on utilise pour se décrire sont extrêmement importants. Lisez n’importe quel guide de développement personnel, un des premiers conseils est “identifiez-vous à ce que vous voulez devenir”, vous êtes maintenant un “sportif”, un “musicien”. La conséquence est que notre identité devient un mot qui décrit un groupe. Bref, parler d’un de ces sous-groupes, va provoquer une réaction démesurée, car on parle désormais de votre identité et ce n’est pas juste une question de moyenne de groupe.
Certains ne manqueront pas de mentionner les exceptions comme des cartes jokers. “Tu as tout faux, car je connais des polyamoureux, des asexuels, ou des neuro-divergents”. Comme si l’existence d’une exception retirait tout intérêt aux tentatives de généralisations. Même quand cette catégorie est très minoritaire (au point qu’on n'avait pas de « mot » dédié avant le 21ᵉ siècle). Je dis “les humains ont des cheveux qui poussent”, on me répond : “Oui, mais comme je connais un chauve, donc ce que tu dis est faux parce que ça ne s’applique pas à tous”. Nous ne sommes pas des clones, mais ça ne retire pas l’intérêt de proposer des généralités. Je donne ce « devoir » au lecteur, essayer de juger à quel point ces généralités dont je vais parler sont valides d’après votre expérience. Je suis curieux d’avoir des retours là-dessus.
La quatrième raison est dans le choix du standard quand on parle de différences. Quand je dis que le groupe A (les hommes) est plus fort physiquement que le groupe B (les femmes). Certains vont me dire que c’est déjà sexiste. Je n’ai pas dit que le groupe A est meilleur que le groupe B. Observer une différence n’est pas la même chose que de juger quel groupe est le meilleur. Ceux qui y lisent une remarque sexiste, ont décidé (eux-mêmes) qu’avoir plus de force physique est meilleur que d’en avoir moins (ma phrase ne dit pas ça). Si j’avais dit que les chats ont plus de poils que les colombes, vous ne pensez pas que c’est spéciste. Vous ne concluez pas que les chats sont meilleurs que les colombes parce qu’ils ont plus de poils. Avoir plus de poils ne vous rend pas meilleur. Cependant, quand on parle d’humain et de choses comme la force ou l’intelligence ou l’humour, alors cette distinction évidente devient presque impossible à faire. Si je dis que les femmes sont plus intelligentes que les hommes ou l’inverse, imaginez la réaction des gens. Il nous est très difficile de distinguer une observation d’un jugement moral.
Ce problème de confusion entre observer une différence moyenne et émettre un jugement sur ce qui est meilleur n’est pas un problème de sexisme. C’est un problème de valeur et de culture (oui encore…). Pourquoi être plus intelligent ou plus fort que quelqu’un d’autre vous rendrait meilleur ? Si vous êtes d’accord avec le fait que les personnes ne devraient pas avoir plus ou moins de valeur en fonction de leur QI, de leur masse musculaire ou de leur âge. Alors, vous ne devriez pas être affecté si je disais “les femmes ont en moyenne moins de capacité mathématique que les hommes”. Pourtant, je suis presque sûr que cette phrase a déclenché une alarme ‘sexisme’. Pourquoi être bon en math devrait être supérieur ? Parce que la culture a décidé que c’était le standard des hommes qui serait préféré. Qui est le “vrai” sexiste dans l’histoire ? Celui qui parle d’une différence de disposition en mathématique ? Ou celui qui pense qu’être bon en math est implicitement meilleur ?
Finalement, à force de vouloir inclure tout le monde au point de refuser toute généralisation, on ne dit plus rien. L’inclusion est une bonne chose quand il s’agit de former un Parlement ou un jury. Quand on veut expliquer des phénomènes globaux, on doit dézoomer un peu. Se placer au moins à l’échelle d’une population. Sinon, on n’explique jamais rien et la politique n’est ni juste, ni informée, elle devient paradoxalement plus inégalitaire. Par exemple, on pourrait refuser l’évidence que les hommes commettent plus de crimes violents envers les femmes que l’inverse parce que ce serait sexiste d’admettre une telle différence entre les cerveaux des hommes et des femmes. Comment écrire une loi juste qui protège les citoyen.ne.s sans admettre ça ? Comment justifier qu’on surveille plus les hommes, qu’on les condamne plus sévèrement. S’il n’y a aucune différence dans la façon dont les hommes et les femmes traitent leurs enfants, alors comment justifier les lois qui favorisent les femmes dans les divorces ?
Quelles différences existent ? Que nous dit la biologie ?
Certains biologistes, certains psychologues, ou encore des éthologistes ne résistent pas à la comparaison avec les animaux, plus spécifiquement les oiseaux, les mammifères en général et évidemment, les singes. L’accouplement chez les différentes espèces de singes est souvent un point de comparaison.
1. Le physique
L’anecdote du jour.
Chez les singes, la quantité de spermatozoïdes produite et utilisée lors d’un rapport sexuel, la taille des testicules et la taille des muscles sont corrélées.
La corrélation chez les primates est que gros testicules % beaucoup de sperme % moins de muscles. À l’inverse, petits testicules % moins de sperme % moins de compétition % plus de muscles. L’hypothèse derrière est que certaines espèces comme le gorille ont un système ou un énorme mâle (avec beaucoup de muscles) contrôle complètement la reproduction de son groupe de femelles. Il empêche les mâles rivaux de s’approcher, n’a pas beaucoup de compétitions au niveau du sperme (car il est sûr d’être le seul à s'accoupler), donc pas besoin d’en produire beaucoup. D’où les petits testicules. À l’inverse, chez les espèces ou une femelle pourrait s’accoupler et avoir des rapports avec plusieurs mâles différents, cela signifie que les mâles ne se battent pas physiquement pour conquérir un groupe de femelles. Pas besoin de gros muscles donc. Par contre, le mâle qui aura produit 10x plus de spermatozoïdes que les autres aura plus de chance d'obtenir une descendance lorsqu’il a un rapport avec une femelle, car ses spermatozoïdes sont simplement plus représentés que les autres. Je vous laisse lire l’étude et voir où les humains se situent sur ce continuum entre gros muscles et grosses c… Voir “pour aller plus loin n°1”. Paradoxalement, pour les masculinistes, maximiser les deux semblent aller à l’encontre de votre intérêt darwinien.
Chez l’humain, on constate que la force physique, notamment du haut du corps, est en moyenne 10 à 15 % plus élevée chez les hommes que chez les femmes (je n’ai pas vérifié les nombres exacts). Les exemples frappants de cette différence moyenne s’observent dans le sport professionnel. À l’échelle de la population générale, il est extrêmement simple de trouver des femmes plus athlétiques que des hommes. En comparaison avec d’autres mammifères, cette différence est ridicule. Il est presque impossible de trouver parmi les gorilles, les cerfs élaphes ou les éléphants de mer une femelle qui peut rivaliser en taille avec un mâle. Cela dit, si on compare avec d’autres espèces, le loup, les gibbons ou les castors, par exemple, on retrouve très peu de différences entre mâles et femelles. Les mâles sont à peine plus gros. Je ne prends pas ces exemples au hasard, ce sont des espèces de mammifères qui ont tendance à être monogames et à vivre en groupe (ça sonne familier, non ?).
2. L'investissement parental
Parmi les animaux non-humains, on remarque une grande diversité dans les approches reproductives. Une autre différence classique est que les mâles investissent moins dans leur progéniture. Et, une conséquence de cette différence est que les femelles sont plus difficiles dans le choix du partenaire (plus sélectives).
Si cette différence se retrouve dans les moyennes chez l’humain, l’écart est de nouveau très faible en comparaison avec d’autres animaux. Typiquement, les hommes investissent énormément plus dans leurs enfants (et parfois ceux des autres). Cela dit, en comparaison aux femmes, ils investissent quand même moins, et on retrouve ça dans toutes les cultures.
Une des raisons majeures de l’apparition de cette différence est la certitude d’être parent. Une femme est toujours certaine d’être parent de son enfant. Ce n’est pas le cas d’un homme, qui pourrait « par erreur » ou tromperie, investir son énergie dans un enfant qui n’est pas le sien. Il est assez commun de rassurer un homme en disant que son enfant lui ressemble (surtout par sa belle famille, “étonnamment”), ça l’est moins pour la femme, personne ne s’inquiète que la femme s’inquiète de son rôle dans la maternité.
Cette différence a des conséquences intéressantes sur la psychologie des hommes et des femmes, mais nous y reviendrons plus tard.
3. Les hormones
Lorsqu’on parle de différences entre les sexes, on se retrouve rapidement face à l’évidence physiologique. La détermination du sexe n’est pas que génétique. Sinon, il n’y aurait jamais de cas intermédiaires (qui font coule beaucoup d’encre dans les débats sur l’identité de sexe et de genre). La testostérone est probablement l’hormone la plus connue. Ainsi, elle est même associée à la « masculinité » comme si les femmes n’en possédaient simplement pas. En réalité, la différence est une question de quantité, les hommes en ont en moyenne 10 à 20 fois plus. C’est aussi une question de timing, la présence et la quantité de testostérone détermine, pendant la gestation, le développement des organes sexuels. A un certain stade de la grossesse, l’embryon qui n’en reçoit pas va développer des organes sexuels femelles alors que celui qui en reçoit développera des tissus mâles. Le développement du cerveau est aussi influencé par ce timing, et la recherche lie la présence de testostérone au développement de l’identité de genre et de l’orientation sexuelle. Bien que ce ne soit pas encore consensuel, certains lient cette influence de la testostérone sur le développement du cerveau avec des traits mentaux divergents entre hommes et femmes. Parmi ces différences, on retrouve une meilleure orientation dans l’espace, une moins bonne capacité d’expression verbale, et davantage de traits “autistiques”.
Cette hormone provoque plus tard dans le développement (à la puberté) des différences physiques, comme une plus grande masse musculaire, une voix plus grave, mais également métabolique (les hommes ont un métabolisme plus rapide). Ces différences semblent triviales, mais elles ont des conséquences importantes, avoir un métabolisme plus rapide et une plus grande masse musculaire réduit l’espérance de vie des hommes. L’effet sur notre cerveau est aussi majeur, la testostérone augmente l’agressivité, la dominance et la compétitivité. Ce qui conduit les hommes à présenter plus de comportements de prise de risques et de recherche de sensations fortes. Attention, ce n’est pas une question de cause unique, on peut aussi posséder un taux de testostérone élevé et ne pas être agressif du tout. Il ne faut pas réduire les comportements complexes à un seul facteur hormonal. Cependant, lorsqu’il s’agit de différences globales et moyennes dans la population, cette hormone est le suspect principal pour expliquer leurs origines.
Parmi les tendances générales liées à la testostérone, on retrouve une chose chez les humains qui diffère d'autres espèces de mammifères (mais qu’on retrouve chez certains oiseaux par exemple). C’est lié à l’investissement parental. Plus un homme est impliqué dans l’éducation et le soin des enfants, moins ses niveaux de testostérone sont élevés. C’est une simplification, mais ça se vérifie chez l’humain, les jeunes célibataires sont plus facilement excités sexuellement, ils sont plus agressifs, ils réagissent plus violemment à la compétition, surtout si elle provient d’autres hommes. (Pour aller plus loin, il s’agit de ce qu’on appelle “Challenge Hypothesis”). Une implication importante de ces résultats est que dans la nature humaine, un mécanisme a été sélectionné : tomber amoureux et fonder une famille réduit les niveaux de testostérone, ce qui conduit donc à moins d’agressions, moins de compétition (et une meilleure espérance de vie). Aussi, plus généralement, cela conduit à des comportements prosociaux positifs.
Y aurait-il une vérité dans la constatation populaire que les plus agressifs des hommes sont également les moins satisfaits de leur vie amoureuse ? “Il est en manque !”
Ces résultats sont principalement applicables aux hommes. Comme mentionné plus haut, les femmes possèdent aussi de la testostérone. Or, le “niveau basal” de production de testostérone varie d’un individu à l’autre. On pourrait donc se demander si tout ça s’applique aussi aux femmes. C’est évidemment moins étudié (si on cherche du sexisme et de la normalisation des standards, allons voir de ce côté : à force de dire qu’aucune différence n'est pertinente entre hommes et femmes, le développement des médicaments et les études fondamentales ont été auparavant réalisées chez des jeunes hommes, comme s’ils représentaient la biologie par défaut). Malgré tout, les études qui se penchent sur la question trouvent que les hauts taux de testostérone sont aussi associés chez les femmes à plus d’agressivité et de dominance. Il est intéressant de constater qu’avoir plus de testostérone va augmenter (chez les hommes et les femmes) l’estime de soi. Par exemple, les individus ont tendance à s’autoévaluer plus positivement (se donner une meilleure note sur leur compétence au travail). Mais, pour les femmes spécifiquement, ce comportement conduit à une moins bonne évaluation par les pairs : les collègues jugent cet “excès de confiance” négativement, surtout quand les collègues sont des femmes.
Il n’y a pas d’équivalent clair à la testostérone, en tout cas, les études mentionnant œstrogène et ocytocine sont moins concluantes. Concluante ici signifie qu’elles apportent moins de conclusions claires et évidentes. Ces études sont bien menées, simplement l’effet sur notre psychologie n’est pas aussi divergent et clair que le cas de la testostérone. Par exemple, une revue de 2024 conclut :
Il est curieux que, si l'ocytocine a d'abord été conçue comme une hormone « féminine » (Carter, 2022), son rôle chez les femmes au-delà de la reproduction soit aujourd'hui peu étudié, la plupart des études d'administration étant menées sur des hommes (p. ex., Audunsdottir et al., 2024). Plutôt que d'exclure les femmes des recherches sur l'ocytocine humaine, en raison d'une mauvaise compréhension de son interaction avec les fluctuations des taux d'hormones sexuelles, une meilleure compréhension de ces interactions permettra d'accélérer notre compréhension des fonctions de l'ocytocine et de ses diverses fonctions selon les contextes et les différentes étapes de la vie.
Quintana, Daniel S., et al. "The interplay of oxytocin and sex hormones." Neuroscience & Biobehavioral Reviews (2024): 105765.Conclusion
Les différences typiques chez les animaux (et spécifiquement chez les mammifères) sont fréquemment utilisées, à bon ou mauvais escient, pour justifier l’existence de discriminations sociales. À nouveau, cet argument est lié à notre tendance à croire que “c’est naturel donc c’est bon”.
J’essaie donc de faire trois choses avec ces textes. D’abord démontrer que les différences existent. Ensuite, expliquer que pour la plupart, la comparaison avec les animaux est peu pertinente, car ces différences sont faibles et ne vont pas toujours dans le sens que les “vrais sexistes” imaginent. Finalement, j’essaie de montrer, qu’il est possible (et souvent souhaitable) d’accepter l’existence de ces différences (quand c’est prouvé scientifiquement) mais que cette existence ne justifie pas une distinction morale. Si l’éthique doit être informée par la réalité (et donc par la science), elle n’est pas dictée par la réalité.

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