J’ai eu l’occasion de réfléchir un peu sur un sujet dont on parle peu sauf dans des discussions privées et personnelles. Il s’agit la plupart du temps de questions de sentiments et d'intimité qu’on n'oserait pas particulièrement aborder à la légère dans une discussion avec des connaissances ou des collègues.
Je vais volontairement parler de « révélations ». Je plaide coupable d’appâts du clic. Certaines de ses révélations vous paraitront peut-être évidentes. Ici, j’espère clarifier des choses qui peuvent être évidentes pour beaucoup. Mais, c’est justement parce que ces choses sont flagrantes que les explications doivent être satisfaisantes. J'ai souvent entendu beaucoup d’explications peu satisfaisantes, voire pas d’explications du tout. Je ferai de mon mieux pour combler cet écart explicatif quand c’est possible. En bref, à petite échelle, voici ce que je pense avoir compris sur ces sujets. Des informations que j’ai trouvées importantes parce qu’elles m’ont fait apprécier plus en profondeur ce que j’ai pu connaitre, ou ne pas connaitre, comment, quand, et pourquoi.
L'amour est un sujet que certains trouvent niais. "L’amour". L’amour fait partie de cette catégorie de sujets normalement réservés aux consensuels, aux artistes, aux poètes et aux auteurs de fiction. On parle sérieusement d’amour avec un amant, avec un psychologue ou un intime. On n'en parle pas, ou rarement, avec un médecin généraliste, avec nos collègues ou notre plombier. Nos intuitions sur ce sujet sont étranges. C'est un peu comme ces films qu’on se refuse de décortiquer dans le détail parce qu’on leur découvrirait des défauts passés inaperçus. On fait pareil avec la religion, le sexe, la musique, les cultures, les spectacles d’illusionnistes : surtout évitons d’analyser en détail, car la magie pourrait disparaitre.
La Magie et La Beauté
Pourtant, je pense qu’au contraire, on apprécie davantage la beauté quand on étudie en détail un sujet. Quand c’est possible, j'utiliserai les mots d’autres auteurs qui s’expriment bien mieux que moi pour convier une idée.
“Ne suffit-il pas de voir qu'un jardin est beau, sans qu'il faille aussi croire à la présence de fées au fond de ce jardin ?” Richard Dawkins
“Si vous pouvez aborder les complexités du monde, ses gloires et ses horreurs, avec une attitude d'humble curiosité, en reconnaissant que, si profondément que vous ayez vu, vous n'avez fait qu'effleurer la surface, vous découvrirez des mondes dans des mondes, des beautés que vous ne pouviez pas voir auparavant. Imaginez, et vos propres préoccupations banales se réduiront à une taille appropriée, qui n'est pas si importante dans l'ensemble des choses. Garder cette vision émerveillée du monde à portée de main tout en faisant face aux exigences de la vie quotidienne n'est pas un exercice facile, mais cela en vaut vraiment la peine.” Daniel Dennett
Un Miracle Banal et Quotidien
Ce n’est pas ce que vous pensez…
Première révélation : les explications ultimes et proximales
Pour revenir directement dans des considérations moins poétiques, je commencerai par les réflexions les plus basiques. Pas qu'elles soient inintéressantes, mais elles sont fondamentales pour comprendre quelles explications sont réellement satisfaisantes. Et, pour ça, cessons de simplement constater passivement le tour de magie, et intéressons-nous à ce qu'il se passe dans les coulisses.
Nos émotions, nos sentiments, nos comportements sont ultimement le produit de phénomènes physiques, matériels. Ces événements ont lieu principalement dans notre cerveau. C’est peut-être une banalité, mais quand on y réfléchit, il n'y a rien de trivial au fait que nos pensées se matérialisent en parole et en mouvements complexes. Nos pensées vont influencer et se transformer en vies vécues, remplies de projets, de relations et de sentiments. C’est un miracle qui ne va pas forcément de soi. Nous avons l’impression (certains diront l’illusion) d’être auteur de ces miracles : j’ai faim, je veux attraper une pomme. Je dois bouger mon bras. Alors, je « pense » à déplacer mon bras et mon bras se déplace. Miracle ! Ce processus est complètement opaque, nous n’avons aucune idée consciente de comment il a lieu, ni ultimement pourquoi il a lieu ! C’est la première révélation : nous présentons des comportements qui ont évolué pour des raisons ultimes (la physique de cet univers permet l’évolution de machines biologiques conscientes dont la “raison d’être” est expliquée par la transmission des gènes qui contiennent la recette de cette machine). Alors que nous n'avons accès consciemment qu'à des raisons proximales : celles en surface : "j’ai faim, donc j’ai envie de manger une pomme".
Quelles explications sont satisfaisantes ?
Le niveau qui me semble le plus informatif est celui du psychologique et de la biologie. Dans l’exemple de “manger une pomme”, notre comportement peut s’expliquer par “nous avons faim”. C’est la raison proximale. C’est ce qu’on répond si on nous demande : "Pourquoi tu manges une pomme ?". Tout en s'empressant d'ajouter sur un ton cinglant : “Et j’aime ça, tu vas faire quoi !?". Mais, ce n’est pas une explication satisfaisante parce qu’on pourrait demander ensuite : "Pourquoi tu as faim ?" (car la sélection naturelle a favorisé les gènes produisant des individus qui ont faim). La chaine des « pourquoi », s’étend ainsi avec des réponses de plus en plus précises et complexes, jusqu'à un niveau à partir duquel l’explication devient tellement complexe qu'elle est inutile pour mieux comprendre un phénomène.
Une raison ultime trop complexe, ferait appel à la physique des particules. Par exemple : l’agencement de molécules qu’on appelle notre corps respecte les lois de la thermodynamique, par conséquent, etc, etc. Il faudrait décrire en détail plusieurs théories en chimie et en physique pour d’abord décrire des molécules simples, puis plus compliquées comme l'ADN, ensuite décrire une cellule, un tissu, des organes, etc. C’est un peu comme zoomer sur un seul pixel. On va parfaitement décrire la couleur de ce pixel, mais impossible de voir l’image dans sa totalité. À l'inverse, si on dézoome de trop, on ne voit plus les détails intéressants.
Le niveau biologique explique pourquoi « on » mange une pomme en termes économiques de reproduction. Les individus qui mangeaient quand ils avaient faim se sont mieux reproduits que ceux qui ne mangeaient pas lorsqu’ils avaient faim. Si vous n’avez jamais faim, vous ne mangerez pas et vous mourrez (de faim !?). Les gènes et les génomes qui produisent des individus qui ressentent la faim sont généralement ceux qu’on retrouve dans la population, car les autres n’ont pas eu de descendance. Les gènes qui produisent des individus qui n’ont pas faim, sont rapidement éliminés de la population (pour des raisons évidentes de décès suite à une restriction calorique sévère !). C’est donc ce niveau d’explication qui m’intéresse.
La faim n'est pas un sentiment, l’analogie s’arrête là. En termes “économiques”, on pourrait poser la question : "À qui profite le crime ?", ou encore : "Où va l’argent ?". Quel est le bénéfice (en termes d’augmentation de la transmission des gènes) et quel est le coût d’un comportement.
Même si je prends une approche “évolutionniste”, je ne vais pas discuter de calculs de probabilité de transmissions de gènes. Mon but sera surtout de décrire comment une machine fonctionne. En voiture, on appuie sur la pédale de frein, l’information est transmise. On ignore comment cette information est transmise, ni comment fonctionnent les freins (et oui, peut-être que TU sais comment CET exemple fonctionne, c’est juste un exemple). En bref, le but est de présenter les théories (au sens scientifique du terme, donc soutenues par des preuves et des expériences) qui ont du sens pour expliquer les comportements humains de façon satisfaisante.
Première révélation : il existe des raisons ultimes et proximales pour nos comportements. Souvent, on ne connait pas ces explications ultimes alors qu'elles sont importantes pour décrire nos comportements, y compris ceux qui ont trait à l'amour.
| Cause proximale (comment ?) | Mécanisme = la faim |
| Cause ultime (pourquoi ?) | Évolution = les individus qui ressentent la faim se sont mieux reproduits |

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