Café, Rando et Ours : Aventures et Galères au Yosemite

    Retour sur mes aventures au Yosemite le 17/08. J'espère que vous allez bien ! Levé à 6:10 par le froid, ça caille 🧣 un peu ce matin, mais bien dormi quand même. J'apprends qu'il y a un Starbucks à cinq minutes à pied. Au milieu du parc, j'adore ces Américains ^^'. Kendall et Sasha ont dormi tard et n'auront pas le temps de conduire jusqu'à l'autre café…

    Par conséquent, je décide de me faire un petit déjeuner à base d'un café de Starbucks, une barre de céréales et de toasts au feu de bois beurre de cacahuète. Je me fais gentiment réprimander parce qu'en vérité, on ne peut pas faire de feu le matin… Pas grave, les toasts sont déjà prêts.

    Kendall m'a passé sa carte de la vallée, j'irai à El Capitan en partant du camp. Gros dénivelé, environ 1000 m si je crois ma montre, aucune idée du temps que ça va me prendre. Si j'arrive à le faire rapidement à l'aller, j'irai jusqu'au Yosemite Point ou au North Dome. Petit stress pour les serpents à sonnettes quand même ^^ 🐍 Kendall et Sasha prennent le café avec nous, ils s'apprêtent à partir et Sasha me fait un câlin d'au revoir inattendu.

    Je dois faire le check-in maintenant, ça va prendre du temps, y a une longue file, j'en profite pour écrire ces lignes. Quand c'est mon tour, je demande un jour de plus au camp : j'ai de la chance. Il y a de la place disponible, départ lundi matin au lieu de dimanche, ça me fera une grosse rando en plus.

    Je commence le trail, ça monte bien en escalier boisé pour le moment. Première pause après 2 km, environ la moitié de la montée, je bois un demi-litre et je mange une barre tant qu'elle n'est pas fondue. La montée fait un peu souffrir les mollets, donc je vais y aller tranquille, :) la vue sur la vallée est magnifique !

    Ainsi, je m'arrête deux minutes pour mettre de la crème solaire. Ma peau de fragile européen ne va pas tenir sans. D'après le test génétique, j'ai 25 % d'origine ibérique, visiblement, j'ai reçu uniquement le pack poils Deluxe et petite taille, pas la peau adaptée au soleil… En marchant, je réfléchis aux bêtises que je vais vous raconter. Toujours pas de 🐍 en vue.

    Premier checkpoint après 1 h 30 et 850 m d'ascension, certains passages compliqués à cause du sable. Maintenant, je me dirige vers Eagle Peak puis El Capitan. Il est 11 h, c'est parti pour 8 km de rando, probablement vers 12:30 au sommet, il devrait y avoir moins de dénivelé donc j'irai plus vite.

    Je marche depuis 30 min complètement seul vers Eagle Peak, je me suis fait à l'idée des serpents, mais à présent ce sont les ours qui m'inquiètent. J'entends des cris d'animaux divers et pas moyen de les identifier. J'entends le vent et les arbres secs craquent, l'ambiance est incroyable, un feeling de seul au monde. 😅😬 J'essaie d'enregistrer une petite vidéo pour vous donner une impression, mais le son n'est pas ouf, on entend surtout mes pas.

    En chemin, je rencontre Sachit, un ingénieur indien qui vient souvent à Yosemite, je lui demande pour marcher avec lui, on va au même endroit. À deux l'ambiance change entièrement, elle passe de légèrement "eery" à féerique.

    Sur le chemin, nous parlons jusqu'à Eagle Peak. Premier obstacle, un arbre tombé, il faut passer en dessous (j'ai grimpé au-dessus au retour). C'est un ingénieur qui vit près de San Francisco. On marche moins vite, donc on arrive à 12:30 à Eagle Peak, mais je préfère la compagnie. Alors, il m'explique que je dois faire Clouds Rest demain pour la vue et, éventuellement, d'avoir un permis pour Half-Dome. On voit le Half-Dome à partir de Eagle Peak. On hésite à prendre le lunch, mais finalement, on va continuer un peu avant. En espérant atteindre El Capitan pour manger là-bas.

    On atteint El Capitan à 14 h, 2307 m d'altitude. Le vent est super fort, ça me fait des cheveux n'importe comment. Toute l'eau bue commence à faire pression et je décide de baptiser El Capitan. La pente est beaucoup plus longue et douce qu'à Eagle Peak, donc il y a des arbres et on ne voit pas la vallée en bas. Le vent sur les arbres fait qu'ils poussent en drapeau, ça donne un air marrant à certains. On décide de manger ici avec Sachit. Je m'enfile les deux burgers d'hier soir, j'avais tellement faim. Ensuite, je repartirai pour North Dome, en mode rapide, il doit encore conduire 3 h 30 pour retourner à SF, donc il descendra immédiatement récupérer sa voiture. Mon objectif est de revenir au camp avant 20 h, ça va être sportif, je laisserai Sachit derrière, il a un gros sac à dos. Alors, il me file son numéro et s'abonne à la chronique de Tarzan, il va probablement lire ces lignes également.

    Avant de le quitter, je lui demande le kif pas kif de la journée. Il me dit de très belles vues avec un nouvel ami. Le pas kif est qu'il a une gueule de bois de la soirée d'hier. Il espère de tout cœur que le reste de la journée ira aussi bien que le début pour pouvoir dire que c'était un perfect day. Je lui dis que la prochaine fois qu'il croise un randonneur seul, qu'il aille vers lui pour lui demander de marcher avec. Il m'explique qu'il va faire un FaceTime avec sa mère pour lui montrer la vue. Ça me fait trop chaud au cœur ce partage <3.

    On fait un "goodbye hug", et je rebrousse chemin à 14 h 40 pour retourner au croisement et prendre la route qui va vers North Dome. En mode sport, les mollets vont chauffer. Mon sac à dos est deux kilos plus léger, je cours un peu dans les descentes pour le kif. Alors, je mets plein de sable dans mes chaussures, pas cool, mais c'était bête de courir à la base… Je suis crasseux maintenant, les mollets couverts de poussière. Il y a des plateaux rocheux sans sentier, heureusement des cairns indiquent le chemin. Je fais une micro pause sous les arbres. Ça recommence à monter dur… Pas d'ours ou de serpents à l'horizon, mais y a des lézards, des écureuils et des chipmunks de partout. Sans surprise, ils n'ont pas peur du tout. Même les lézards s'en fichent de ma présence oO'.

    Seul, le bois redevient menaçant et ma peur des ours resurgit. Je marche un peu plus vite sur cette section. Au moins à présent y a plus de vent pour faire craquer les arbres. Je passe au-dessus d'une grosse souche que j'avais passé par-dessous à l'aller. J'arrive à un croisement et je me plante de chemin sur 500 m environ. Alors, je rebrousse chemin jusqu'à l'autre croisement, j'ai revu des humains sur la route, donc le feeling de solitude est passé. Départ pour North Dome, il est 15:50, j'ai fait 21 km et il me reste 20 km aller-retour pour North Dome, je vais devoir courir pour le faire en moins de 4 h.

    Je trace, ça s'intensifie physiquement après 26,6 km, il m'en reste un peu plus de trois pour atteindre North Dome. Ensuite, il faudra revenir au camp, soit encore 12 km de plus. À ce stade, je rationne l'eau. J'arrive dans un bout de forêt un peu surprenant, à gauche les cimes des arbres sont coupées et il manque beaucoup de feuillages, à droite les arbres sont normaux. Drôle d'ambiance, la forêt est plus clairsemée donc il y a des herbes et des arbustes qui poussent. Plus que 2 km avant North Dome, je croise les restes d'un incendie récent. J'arrive à North Dome, après 30,5 km et 7 h 27 de marche. Dur, j'ai refait un cairn le long du chemin. Ici, je trouve des personnes qui montent leur camp.

    Je décide de rester 5 minutes pour admirer, manger ma dernière barre de céréales puis rebrousser chemin pour rentrer les 12 ou 13 derniers km en mode rando accélérée, ça va être au mental. Objectif 2 h de marche, mais probablement plutôt 2 h 30. (Finalement, vu l'heure d'arrivée, c'était une bonne estimation 2 h 30). À ce stade, je cours dans les descentes quand je peux pour gagner du temps avec le moins de consommations d'énergie possible, malgré ça, la fatigue est de plus en plus présente.

    J'arrive enfin au pied de la descente, je suis épuisé, j'ai fait 38 km au total. Il me reste la descente, environ 5 km d'après le panneau. Il y a beaucoup d'insectes qui m'attaquent, il fait plus frais parce que le soleil est en train de se coucher, mais il fait encore très clair. J'espère arriver au Camp avant 20 h 15. La descente est vraiment horrible, plein d'insectes qui m'attaquent, mes jambes sont plus tendues que la conversation avec le conducteur de Lyft à Los Angeles (private joke, ceux qui étaient là, sauront). Je n'ai pas croisé d'ours ou de serpents tout le chemin. Et ça. C'est plutôt une victoire, le soleil se couchait et je ne croise pratiquement personne sur le chemin de retour.

    J'arrive au camp à 20 h 24, après 10 h de marche (sans compter les pauses), 42,5 km et 2500 m de dénivelé positif ! Ça monte et ça descend tout le temps… Alors, je mange un peu de popcorn et je fais un feu pour cuire un plat en conserve. Ma fatigue tombe durement à un point tel que je n'arrive pas réellement à faire la conversation avec Laura. Malgré mon état, elle ne semble pas trop le remarquer et elle m'explique son kif de la journée : ils ont passé une journée tranquille au village. Je n'ai pas capté le nom de l'endroit. Elle a passé une heure dans la librairie pour y acheter son premier livre (un roman) en anglais, un challenge pour elle. Finalement, j'en peux plus de faire le feu et je n'ai pas vraiment faim, donc j'abandonne l'idée pour aller à la douche à la place.

    Après une attente durant laquelle je lutte lourdement contre les courbatures, j'accède à une douche libre. La douche est dégueulasse, aucun moyen de déposer ses affaires sans les mouiller ou salir. Il y a des poils et de la boue partout à terre… Pourtant. Bordel ! C'est une des meilleures douche de ma vie : l'eau est chaude et elle me fait un bien fou ! J'ai envie de composer un opéra en l'honneur de cette douche. Je reviens à mon spot de camping et je tombe sur le lit vers 22 h sans plus l'énergie de ne rien faire.

    L'histoire de la journée aurait probablement dû s'arrêter sur ces faits, alors que tout est dit pour ma part, une dernière péripétie attendait les campeurs du spot 6. Je n'ai pas mis mes boules Quiès, le camp était calme quand je me suis couché et la fatigue s'est chargée du reste. Toutefois, vers 23 h 30, je me fais réveiller par des bruits de coups de feu ! Il y a aussi des bruits de sifflets et une alarme. Je suis réveillé en sursaut, mais je n'ai aucune réactivité et je ne bouge absolument pas. Je ne comprends rien à ma vie à cet instant ! Le temps semble suspendu, j'ignore combien de secondes ou de minutes, je reste allongé à écouter le silence interrompu par des cris et des sifflets. Enfin l'alarme s'arrête, aucune idée de si elle a duré dix secondes ou cinq minutes. Le calme revient, je crois me souvenir d'avoir distingué vaguement des voix, mais je n'en suis plus tout à fait sûr. Finalement, j'entends un bruit de radio. C'est un talkie-walkie de Ranger, la voix robotisée explique qu'ils viennent de retrouver un imbécile qui a laissé sa nourriture sur sa table et son feu sans surveillance. Je suis de nouveau capable de réfléchir. Je comprends la raison du vacarme maintenant : il y avait un ours au milieu du camping. D'ailleurs, il a dû passer à 2 m de ma tente, parce qu'une minute plus tard, j'ai entendu l'imbécile en question s'excuser plusieurs fois. Les voix étaient suffisamment proches de mon spot pour que je comprenne la conversation. La Ranger qui portait la radio lui dit que s'il refait un truc comme ça, elle l'expulse aussitôt du camp.

    Après ce dernier petit stress, qui fait une sympathique anecdote, retour au calme. Bonne nuit tout le monde, promis : demain, je fais un truc tranquille :O

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